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Knowledge Management :
communautés de pratiques, intelligence territoriale… pour entrer dans
l'ère de la connaissance
Jean-Marc
BLANCHERIE
Nouveaux termes, nouvelles approches… les pratiques économiques
organisationnelles et sociales qu'ils visent, les stratégies qu'ils
appellent, les futurs qu'ils dessinent ne ressemblent déjà plus au
monde que nous connaissons. En effet, nous sommes entrés dans une ère
nouvelle, qui porte des logiques en rupture avec nombre de logiques
auxquelles nous sommes habitués, même si l'apparence ancienne retient
encore l'essentiel de l'attention des acteurs, avant qu'ils ne se
confrontent vraiment aux problématiques de notre temps.
Pour approcher ces changements, de nature globale, trois facteurs
principaux peuvent être distingués, pour les comprendre à la fois au
travers de leur rôle propre, et au travers de leur interdépendance,
qui les conforte réciproquement et les fait croître d'une manière
exponentielle :
- les
technologies de l'information, dont les applications sont à leurs
balbutiements, et dont la maîtrise par les personnes et les groupes
sont très en retrait des possibilités déjà existantes
- la globalisation, et ses nombreux développements
et trajectoires potentiels
- une économie en réseau, qui est aussi celle
de la prédominance de l'immatériel et de la capitalisation de la
matière grise
Knowledge
Management, communautés de pratiques, intelligence territoriale…
constituent des champs de compréhension et d'action, d'intelligence
active dans les contextes nouveaux. Peut-être ne sont-ils ni aboutis,
ni promis à un grand avenir, tout au moins font-ils le lien entre ce
que nous connaissons et l'orientation que nous pouvons donner à cet
ensemble de phénomènes qui s'accélèrent.
Les technologies de
l'information...
Les
technologies de l'information développent leur propre logique de
changement et d'organisation. Par ses logiques propres : l'effet d'un
ample mouvement de recherches et innovations du domaine et par celui de
toutes les entreprises qui s'y développent (même sans innover
directement), par la contribution du domaine aux autres activités économiques,
et par l'éclosion des nouvelles pratiques sociales et citoyennes.
Les TI
transforment la relation à l'espace et au temps, et aussi, la relation
elle-même, la relation aux autres, aux individus et aux groupes, la
relation aux choses, aux objets de notre attention, de notre
consommation, de notre production.
Dans la
production d'objets immatériels, et dans la prépotence immatérielle
de la production de biens matériels, les TI permettent de découpler et
recomposer
- l'objet,
et sa présence physique : sa représentation est convoquée et dupliquée
sans coût
- la
conception, et les processus de fabrication : la connaissance qui permet
le processus suffit, l'idée se transforme rapidement en réalisation,
et la commande du client déclenche son adaptation et sa livraison
- l'entreprise
et ses produits : c'est le réseau de compétences contribuant à la
satisfaction des clients qui opère, et non pas les formes juridiques ou
capitalistiques dont il soutient les entités qui le constituent
Les conséquences
touchent à tout ce qui est fondamental dans les activités humaines,
notamment.
- la
relation à l'avenir : le "temps réel" nous engage toujours
dans le sens et la production du futur, et toute réalisation devient
immédiatement possible si les bons acteurs sont mis en relation, avec
les bonnes connaissances, au travers du réseau et des technologies qui
conviennent
- la
relation au travail : elle ne peut plus être conçue en termes de présence,
d'heures, de pouvoir de l'information détenue individuellement : la
valeur produite dépend de l'efficacité de connaissances, de compétences,
d'expérience, mises en commun, et réalisées en tant que réponses cohérentes
aux attentes des clients ou destinataire; la séparation entre la sphère
privée de la vie et la part professionnelle est de plus en plus floue;
la formation devient un impératif (et un attrait ?) permanent pour
chacun et collectivement; le contrat de travail qui suppose un lien
juridique de subordination ne correspond plus du tout à ce que
l'employeur attend des personnes, etc…
La globalisation...
La
globalisation doit être distinguée du développement de l'économie de
l'immatériel et des réseaux, pour comprendre les apports distincts de
ces deux phénomènes, évidemment liés. La globalisation suscite des
logiques complexes, contradictoires, et qui ne sont pas prêtes d'être
stabilisées. Par exemple :
- L'organisation
mondiale du commerce et l'expression de stratégies et solidarités liées
au développement durable, au commerce équitable, etc…
- la
concentration de la matière grise, particulièrement dans les grandes
universités américaines, et l'émergence de myriades d'initiatives,
d'innovations, de réseaux de savoirs et de pratiques, de lieux virtuels
d'apprentissage, d'opportunités d'apprentissage collectif …
L'économie en réseau
Les réseaux
virtuels qui sont orientés vers l'action, vers une connaissance
devenant active en étant partagée et économiquement valorisée,
bouleversent la conception classique de l'organisation. L'entreprise non
plus mécaniste, mais biologique, immergée dans le virtuel, se développe
seulement dans un contexte favorable aux échanges et au partage, dans
un mouvement de plus en plus soutenu de destruction-création, une
logique systémique de "désorganisation compétitive". Les
nations comme les entreprises font la différence à partir de la qualité
et de l'efficacité globale de leur organisation, en liaison non pas
avec la seule intensité technologique, mais avec l'intensité des
interconnexions et capacités culturelles à échanger idées et
savoirs, à nouer des partenariats, à favoriser la création de valeur
ajoutée conjuguée, à optimiser les flux entre organisations interdépendantes.
Denis Ethighoffer qui développe des exemples dans un ouvrage intitulé
"Méta-organisations" affirme que " la capacité à
faire travailler les hommes ensembles devient plus importante que les
processus industriels ".
Le concept
et les méthodes en émergence de l'intelligence territoriale,
traduisent les nouvelles possibilités d'un développement s'appuyant
- sur les ressources humaines, culturelles, et économiques
des territoires,
- en même temps que sur la réalité de la
mondialisation des économies,
- et sur la puissance des TI qui ouvrent les
immenses potentiels de la structuration d'intérêts et d'activités en
réseau
Une transformation
culturelle : coopération, systémique, développement humain
Les
entreprises, comme les institutions publiques, et les territoires,
s'engagent donc dans une transformation culturelle profonde. Alors que
l'information limitée de l'ère industrielle et post-industrielle
entrait dans une logique de rétention, de pouvoir, de hiérarchisation…
la connaissance ouvre sur une logique
- de
partage et coopération : on s'enrichit mutuellement par l'échange
des connaissances, et ce n'est pas la structure organisationnelle,
mais très concrètement les flux des compétences, de l'expérience,
et des connaissances efficaces, qui produit une dynamique collective
- de
création : la connaissance est en mouvement dans des contextes d'accélération
évolutive; c'est la connaissance créatrice qui construit la compétitivité
- de
valorisation : l'information, surabondante, demande à être
contextualisée et orientée vers des réalisations concrètes
- d'apprentissage
permanent et collectif :
o bien
des connaissances deviennent rapidement obsolètes, par rapport à
elles-mêmes, aux fondements et processus qui les sous-tendent et
orientent leurs applications : la préhistoire, les facteurs
marquant la limite de l'homme et de l'animal, le fonctionnement du
cerveau… aussi bien que les applications des biotechnologies ou le
choix des technologies d'information à déployer dans les
entreprises, sont à la même enseigne : les connaissances nouvelles
et leurs potentialités dépassent de loin les moyens que nous avons
d'appréhender et de maîtriser les conséquences
o des connaissances deviennent à la fois
cruciales et peu ou pas maîtrisées par rapport aux contextes où
elles vivent et se déploient; ceci concerne l'économie, mais aussi
les sciences et leurs applications; les personnes qui se servent des
connaissances dans des contextes qui engagent aussi bien des activités
économiques que des suites conséquentes de la recherche et des
technologies sont dans une situation d'incertitude : quelles conséquences,
appropriations, pratiques. vont résulter des connaissances
nouvelles dont je fais usage ?
o les connaissances pratiques, utiles et qui
servent au "faire", ne sont plus requises par les seuls
individus; de plus en plus de processus engagent l'interdépendance
entre les acteurs, et une connaissance partagée; même
individuelles, les connaissances pratiques requises dans le contexte
professionnel, mais aussi dans la vie quotidienne, s'accumulent et
se renouvellent de plus en plus rapidement
- éthique
: l'enjeu éthique dans les changements en cours est primordial
o car
la relation devient plus que jamais le moteur des dynamiques économiques
et sociales, voire leur substrat; or les relations ne peuvent que
s'inscrire dans des repères de valeur, à commencer par la
confiance; ces repères manquent, comme nous l'indique fréquemment
l'actualité, le développement d'organisations économiques de type
mafieux, les visions à très court terme qui dominent la vie des
affaires…
o le contexte global peut continuer à s'altérer,
ou évoluer vers un humanisme pour notre temps, le développement
durable, la démocratie participative, un vrai progrès général et
utile des connaissances et des technologies au service de l'homme et
de l'avenir de la planète
Les enjeux du KM et sa
mise en oeuvre
Le
Knowledge Management intéresse à un premier niveau les entreprises.
Tout au moins, pour le moment, les entreprises conscientes de
l'importance stratégique de leur capital intellectuel, de sa valeur, de
son rôle, de la nécessité de régénérer en permanence ses
connaissances. Toutes les organisations, rapidement, vont se savoir
concernées : car le contexte général est celui d'une économie de la
connaissance, d'organisations apprenantes, d'enjeux de capital
intellectuel et culturel des territoires.
- Le K du KM
De quelles
connaissances s'agit-il ? De toutes celles qui sont indispensables
à l'activité de l'entreprise ou de l'organisation, celles qui
permettent l'action, qui viennent d'informations traitées,
contextualisées, de manière à servir l'activité, le client, le développement.
Ces
connaissances peuvent être explicites, formalisées, identifiées
et accessibles au travers de l'Intranet, des logiciels et réseaux
collaboratifs; mais elles sont souvent implicites, appliquées et
transmises sans que cela soit énoncé. Ces deux types de
connaissances sont indispensables, mais les moyens de les traiter,
de les développer, de les mobiliser pour créer de la valeur, sont
différents.
Les pôles
de création-diffusion de connaissances sont variés, et méritent
l'attention : les experts, les projets et leurs participants,
certains processus et leurs intervenants, les chargés de veille, de
documentation, les commerciaux et les gens de terrain… toutes les
personnes et groupes de personnes qui sont en contact et actifs vis
à vis de la connaissance vivante sont susceptibles de la
transmettre, d'être consultés, de réfléchir à l'expérience qui
résulte de leur action.
Les
connaissances concernent donc les êtres humains et leurs relations,
ce qui s'échange d'esprit à esprit, quelque soit le médium utilisé
: la parole, l'intranet, un logiciel de travail collaboratif, un
outil à base d'intelligence artificielle…
Les
compétences sont souvent, aussi, considérées comme le cœur du
Knowledge Management : comment par exemple préserver les compétences
alors que la courbe démographique ou une fusion précipite la fuite
de personnes expérimentées ? Dans une dynamique de KM, les compétences
ne sont plus réduites à la capacité de l'entreprise et à celle
des salariés à répondre aux exigences d'un bon fonctionnement, et
aux évolutions normales de carrière. Il s'agit aussi d'un
autre challenge : transformer de l'expérience en connaissances
collectives, des connaissances explicites en capacité à créer de
nouvelles connaissances, des connaissances implicites en
connaissances adaptées à de nouveaux contextes, du travail d'équipes-projets
en connaissances partagées, la pratique de logiciels ou de
techniques en pratiques adaptées aux particularités, etc…
- Le M du KM
Des
connaissances, des personnes, des compétences, des enjeux stratégiques,
la transformation des actions et qualités des individus en
dynamiques collectives… le KM s'appréhende bien comme un horizon
et une pratique de management.
Le management concerne les hommes et femmes de l'organisation; alors
que la gestion s'applique aux objets ou concepts qu'ils ordonnent :
le financier, les processus, etc. Les évolutions du
management s'expliquent donc
- par
le contexte économique, qui implique une capacité des
organisations à innover et à répondre rapidement à des
attentes évolutives et diversifiées
- par le focus du management sur les
connaissances des individus de l'organisation transformées en
connaissances collectives, en capital intellectuel pour
l'organisation, en valeur pour tous les acteurs (clients,
partenaires, actionnaires…), en efficience collective. En
retour, on comprend bien que l'attention aux connaissances
transforme le management, indique de nouveaux enjeux, implique
de nouvelles méthodes.
Le schéma
suivant s'inspire du principe de récursivité développé par Edgar
Morin dans sa méthode systémique.

La mise
en œuvre du KM implique donc, sur un plan managérial
- de
partir d'une compréhension, d'une volonté, et d'une implication
réelle des directions
- de créer et gérer des rôles explicites
: knowledge manager, etc… selon des compétences et missions définies
- de développer des projets, d'abord là où
leur réussite est probable, et progressivement en impliquant,
outillant, formant, tous les acteurs
Management
et connaissances sont donc intimement et dynamiquement liés dans le
KM. Mais c'est la révolution des outils et technologies de
l'information, et la pratique réelle que les acteurs en ont, qui
permet et accélère ce mouvement.
Les technologies supports
et accélératrices du KM
Les
technologies sont largement assez mûres et assez abordables par leurs
coûts, pour répondre aux projets et pratiques de KM, quelle que soient
les organisations et leurs budgets. C'est la méconnaissance de ces
technologies, et l'absence de réflexion sur les usages, pratiques,
apprentissages qui doivent les accompagner, qui créent des distorsions
et retards dans les mises en œuvre efficaces du KM.
Nous
distinguons trois types d'outils
- les
technologies de traitement du sens, qui permettent de traiter non plus
des documents, mais de plus en plus directement les contenus utiles
pour les destinataires en action
- les technologies collaboratives, qui
supportent des réseaux relationnels de manière puissante et souple
- les portails qui s'alimentent à ces deux
sources, pour à la fois concentrer les accès à l'ensemble de
l'information circulante, et la personnaliser en fonction des acteurs
et de leurs besoins

Les méthodes de Knowledge
Management
Inventer le
KM de son entreprise, ses propres moyens de partage des connaissances,
les motivations pour capitaliser l'expérience lors de la conduite des
projets, les conditions de créativité qui délient les esprits et
ouvrent les voies de la création de connaissances et d'innovation, créer
les conditions pour expérimenter et s'approprier les technologies,
transformer l'activité en apprentissage collectif continu et opportunité
de développement personnel et collectif… l'esprit du KM ne suffit pas
pour atteindre des résultats tangibles. Des méthodes sont
indispensables : non pas un formatage transposable n'importe où, mais
les méthodes dont chaque personne, équipe, et organisation va se
pourvoir.
Les
communautés de pratiques, par exemple, constituent un levier très
puissant, à condition de respecter certains principes concernant leurs
finalités, leur animation, leurs cycles d'existence… Les
technologies doivent être le plus possible expérimentées par un grand
nombre de participants, qui vont progressivement se les approprier en
fonction du sens et de la satisfaction qu'elles procurent, et non pas en
selon les fonctionnalités qu'elles proposent. L'innovation doit être
considérée comme un processus, non comme un résultat, et elle
implique une vision, de multiples relations, et un véritable système
d'action; ses résultats dépendent non pas de son appropriation par une
élite, mais de la résonance auprès d'un ensemble large de personnes
dans l'organisation… Ces quelques exemples indiquent une culture et
des valeurs que le KM traduit pratiquement.
Un autre
champ méthodologique précis concerne la conception et la conduite des
projets de KM. Il est relatif à la compréhension des évolutions et à
l'explication des stratégies de l'entreprise, à l'implication de
divers acteurs, à la cartographie des connaissances, à la définition
et à l'identification des connaissances critiques, à la modélisation
des actions concernant les connaissances, à l'emploi de la technique du
"storytelling" pour diffuser de manière parlante, au travers
de récits, des exemples caractéristiques de partage des connaissances
et leur résultat…
L'expérience
de plusieurs années de Knowledge Management permet même aujourd'hui de
réfléchir, notamment entre les acteurs des pays européens, à des
standards du KM.
Jean-Marc
BLANCHERIE
En savoir plus:
Intelligence Territoriale : les voies d'un développement cohérent et
durable
Comme le
Knowledge Management, l'Intelligence Territoriale surgit de la
conjonction de changements majeurs et interdépendants dans les économies
et les sociétés; face aux logiques territoriales, ces changements ont
des significations relativement différentes de celles du KM (qui se
rapporte d'abord aux logiques organisationnelles). Nous voyons dans l'IT
la possibilité de créer de la richesse, pour l'homme et l'humanité,
par une implication très large d'acteurs diversifiés, au-delà des
seules logiques d'entreprise, mais avec elles, et sans entrer nécessairement
dans les logiques d'extension de la sphère marchande. La réalité en
mouvement dans laquelle s'inscrit l'IT est pénétrée par :
- La
globalisation : l'échange est général, la territorialité devient dépassée,
inopérante, dans les termes nouveaux de l'échange, fondés sur la
singularité… sauf 1/ là ou se concentre le capital intellectuel et
le conditionnement de "singularités de masse" 2/ les
territoires gérant certains de leurs facteurs culturels, sociaux, et
matériels soit pour résister, soit pour les intégrer comme
singularités
- Une économie en réseau, ensemble de réseaux
d'acteurs (individus, entreprises, organisations et méta-organisations),
propulsés sur des réseaux virtuels (Internet, Communautés de
pratiques…) dans des systèmes relationnels nouveaux, qui peuvent être
féconds. Une économie de la connaissance dans laquelle la création
de valeur dépend de la capacité des acteurs à innover (technologiquement,
par l'entreprise, mais aussi socialement, dans l'expression et l'échange
artistique, etc.), du développement du capital intellectuel saisi à
partir de dimensions et proximités liées aux territoires, de l'évolution
vers une dimension humaine d'intelligence collective au-delà des rôles
de Knowledge Worker (qui deviennent dominants)
- Les technologies de l'information,
introduisent dans les territoires des logiques et des opportunités
paradoxales : le temps des lieux, des déplacements et des parcours,
de la socialité, se tisse étrangement au "temps réel", à
l'instantanéité; l'espace et ses représentations traditionnelles se
double d'une proximité absolue, tout aussi réelle et représentationnelle
que la précédente; le lien social, citoyen, ou citadin, s'apparie au
lien des communautés virtuelles, d'intérêt, de pratiques, ingénieuses,
démocratiques participatives…
Ces
courants profonds, ces dialectiques fécondes, indiquent une rupture par
rapport à l'économie que nous connaissons et aux concepts qui nous
permettent d'y jouer nos rôles d'acteurs. Ils positionnent
l'Intelligence Territoriale émergente au-delà de ce que nous
connaissions et pratiquions : le développement local, le marketing
territorial, le diagnostic territorial, l'aménagement du territoire, le
déploiement des TI, etc...
La
dimension intentionnelle et les acteurs de l'IT : L'IT est en fait une
construction, un artefact, qui dépend de la volonté, du projet des
acteurs. Ces acteurs
- peuvent
y mettre des idées, des contenus, des projets d'une très grande variété
- ils peuvent être eux mêmes très divers,
originaux, virtuels, et en même temps traditionnels (institués,
entrepreneuriaux…)
- Le sens général du projet peut être celui
d'un marchandising qui fait du territoire le vecteur d'une union des
dynamiques virtuelles globales et de nouvelles ressources
"naturelles" : l'humain, ses fantasmes, ses habitus, et son
histoire, étant compris dans un lot qui comporte aussi les paysages,
les "folklores", les climats, les "personnages",
les intellectuels… Mais il pourrait aussi créer du sens artistique,
humaniste, de réponse aux besoins sociaux saisis au travers du développement
durable, etc…
La
constitution d'une dimension collective et transformatrice est
essentielle au projet d'IT. Il s'agit bien de faire émerger une
intelligence collective active, transformatrice; une capacité d'action
intelligente (compréhension créatrice) qui n'est plus conditionnée
par les seules proximités physiques, ou par les appartenances ou
proximités sociales, familiales, professionnelles, communautaires... un
potentiel qui les dépasse, tout en s'appuyant sur elles.
Une fois
tracées les grandes lignes constitutives de l'IT, notre démarche
consiste à rendre accessible, praticable, sa problématique, et de
participer à son déploiement. Il s'agit en fait de participer à la
constitution de Systèmes d'Intelligence Territoriale, au développement
de SIT. L'approche devient alors plus méthodologique.
L'élément
clé réside dans l'identification et la mobilisation autour des
"nouveaux champs de développement". C'est une démarche
constructiviste (qui génère la réalité dans son propre mouvement,)
une pédagogie active à l'échelle des populations ou d'autres entités
collectives liées aux territoires. L'identification s'apparente à la
recherche des connaissances tacites dans les méthodes du Knowledge
Management. Voici quelques moyens d'identifier et de développer de
nouveaux champs de développement :
- L'observation
sociologique (les habitus, les cultures…) recèlent des trésors de
potentialités, de savoir-faire, d'attentes et de projets, que
masquent l'approche quantitative et normalisée, l'uniformisme sur
lequel reposent les statistiques et nomenclatures officielles, la
consommation de masse, etc…
- Il s'agit aussi de déceler ce qui anime en
profondeur des collectivités humaines. Nous avons par exemple pu déceler,
en utilisant des techniques projectives, les singularités profondes
qui marquent la vocation économique d'un Département.
- Il est important d'observer d'un œil neuf,
en fonction du contexte d'émergence de l'IT, les singularités d'un
territoire, et des collectivités humaines qui le composent (grilles
de lecture voire méthodes d'observation à concevoir)
- On pourra encore mettre en place un système
de veille ou d'observation participante concernant les usages
collectifs des TI, les réseaux de connaissances, les réseaux
d'experts, etc… à l'aide notamment des "outils agiles"
- Globalement, les connaissances qui
accompagnent l'innovation, le transfert de technologies, la création
en général, dépendent de la capacité d'un cercle large à les
recevoir. Il faut à la fois reconnaître les entreprises et communautés
innovantes du territoire, et imaginer les ponts qui permettent d'élargir
leur diffusion, leur visibilité, ou même le simple repérage de leur
existence, de leurs conditions.
- Etc…
Le modèle
général d'action auquel nous travaillons comporte un troisième pôle
à partir duquel le projet des acteurs et les champs potentiels de développement
peuvent prendre une dimension significative, une vraie puissance et
impact : celui de l'impulsion et de la systématisation des processus et
réalisations. Là encore, il y a rupture par rapport aux
dispositifs traditionnels que proposent les autorités territoriales et
les logiques d'entreprise. Ce sont des critères qualitatifs et des aménagements
participatifs qui permettront de propulser, d'animer, d'évaluer les SIT.
L'Intelligence
Territoriale devient une dynamique issue d'une relation ternaire
impliquant
- des
acteurs, essentiellement collectifs, animés par des finalités
significatives
- des champs de développement, dont la nature,
l'intérêt, les ressorts sont à découvrir
- des processus et réalisations, fondés sur
des critères qualitatifs

Pour développer
l'IT sur le terrain, en s'appuyant sur un plan de mobilisation des
acteurs, nous envisageons l'ensemble des opérations comme un système
activant les synergies entre trois sous-systèmes :
- Des
réseaux, des systèmes relationnels, des moyens d'animation, entre
acteurs et facteurs très divers (que les logiques précédentes
cloisonnaient, excluaient, contraignaient…)
- L'élaboration de conceptions, de visions
conjointes, et d'entités, d'identités, significatives, visibles,
ouvertes, accessibles, fécondes
- La constitution de supports d'action
originaux et agiles, créateurs-diffuseurs de connaissance, de capacités
créatives, de lien, d'action
Ces
sous-systèmes prennent un contenu et une dimension précis, à partir
de l'observation et de la dynamique des trois pôles des acteurs, des
champs de développement, et de la systématisation des réalisations.

À partir
de cet ensemble dynamique nous "inventons", avec les acteurs,
un ensemble de moyens adaptés et très puissants pour appréhender
concrètement des problématiques locales de l'Intelligence
Territoriale, et développer leurs potentialités.
Jean-Marc
BLANCHERIE
En savoir plus : Les
communautés de pratiques (CoPs) : un ressort essentiel des dynamiques
de création et partage de connaissances
Les
communautés, avec le développement de la relation virtuelle et en réseau
constituent un phénomène majeur de l'économie de la connaissance…
dans les deux sens du mot connaissance !
Pour ce qui
relève du KM, nous focalisons notre intérêt sur le champ des
communautés de pratiques, qui rassemblent des individus animés d'un même
intérêt pour un champ d'action professionnelle, que ce soit en termes
de métiers, d'espaces de pratiques ou d'intérêt, de territoires…
Mais il est vrai que ce champ d'action peut aussi inclure les clients,
les passionnés du domaine, des bénévoles, etc. Il n'est pas
strictement délimité !
Les CoPs
sont en effet étrangement efficaces et ambiguës. Efficaces peut-être
parce que ambiguës, souples, et à la fois productrices et produits
d'initiative, de mouvement, d'événement, de création, de rencontre :
- Ce
ne sont pas des formes strictes d'organisation, mais elles jouent une
fonction de plus en plus essentielle, bien que latente, dans
l'organisation. Leur spectre s'étend de la communauté officielle et
structurée rationnellement par l'entreprise (cas de Schlumberger), au
tacite voire au clandestin; les cas intermédiaires sont probablement
les plus fructueux.
- Elles reposent à la fois sur l'intérêt
individuel : on participe car on en attend des bénéfices
personnels… cultiver son réseau relationnel et savoir à qui
s'adresser en cas de besoin, se rendre visible et intéressant, faire
connaître ses connaissances et démultiplier les chances d'être
entendu ou de trouver un écho pour une initiative, ou inversement être
une "éponge" face aux connaissances diffusées, aux expériences
relatées, …
Et elles
produisent un intérêt partagé, collectif, bien au-delà de l'addition
des compétences de leurs membres; et le principe : " je
recevrai plus encore que ce que je n'apporte " est sans doute doublé
d'un phénomène implicite : la valeur de l'apport de chaque individu va
au-delà de ce qu'il imagine proposer.
- Les
CoPs ne doivent pas, pour que les personnes restent motivées et
inventives, fonctionner dans des logiques directement opérationnelles.
Les CoPs ne doivent pas être confondues avec le Groupware, qui
organise les processus de travail, même si parfois les plate-formes
logicielles sont les mêmes. Elles ont pourtant, et à cette
condition, des effets concrets sur les pratiques, et des effets bénéfiques
pour l'entreprise ou l'organisation : en termes de compétences que
les participants vont ensuite réinvestir dans les processus qu'ils gèrent,
en termes de veille, de capacité à solliciter des experts du réseau,
etc…
- Ni hiérarchiques ni séquentielles, elles
doivent donc rester d'abord relationnelles, humaines, et donner du
plaisir aux participants. Les CoPs vont à contre-courant des
rationalités classiquement dominantes dans les organisations. Elles
reposent sur une logique constructiviste, liée à un certain nombre
de dissociations, de découplages de la connaissance : avec la finalité
explicite et prescrite, avec les exigences de temps, de vitesse, des
systèmes organisationnels, avec la marchandisation de la relation et
le sentiment de propriété et de pouvoir… Une notion spécifique de
confiance y mûrit, qui est sans doute un fondement du nouveau
commerce entre les hommes dans l'économie de la connaissance et des réseaux
virtuels.
- La virtualité de la relation dans les CoPs
se double d'ailleurs souvent de rencontres dans le monde physique. Les
échanges y sont pour le moment fondés sur l'écrit, mais de
nouvelles manières d'échanger apparaissent, et nous avons du mal à
imaginer comment les technologies vont encore transformer ces manières
de penser et agir collectivement. Déjà, des étapes telles que
celles des cartographies conceptuelles, des technologies de traitement
du langage naturel, permettent de raisonner et connaître autrement;
qu'en sera-t-il, au-delà de l'écrit, avec des objets virtuels
vecteurs de simulations et de sens ?
Dès
maintenant, les CoPs représentent un puissant moyen économique. On y
retrouve, motivation à l'appui, toute la puissance que donnent les TI
par rapport aux nombre de personnes touchées à bon escient, à
l'interactivité, à l'affranchissement de contraintes d'espace, de
temps, de mémoire et intelligence partagée. A condition aussi de
considérer les rôles et méthodes spécifiques d'animation qui leur
sont indispensables; et de savoir les doter des outils complémentaires,
" intelligents ", qui permettent de valoriser l'échange et le
travail.
Puissant
moyen aussi de participation civique et sociétale, les communautés,
hors de la sphère marchande, sont promises à un rôle majeur que les
classes politiques n'ont pas encore perçu.
i-KM a pris
l'initiative des "i-communautés", http://www.mayeticvillage.fr/i-communautes
, CoPs d'initiatives, d'intelligence ou d'innovation…
Des i-communautés de tous domaines et de tous ordres, pourvu qu'elles
soient des espaces d'intelligence, d'expérience, et de savoirs partagés,
vivent leur vie en toute liberté (et avec le degré de confidentialité
dont elles veulent se doter), dans un espace plus large, une méta-communauté,
où se nouent des opportunités d'ouverture, de rencontre, de réflexion
et d'expérience concernant les dynamiques et les pratiques de CoPs.
Jean-Marc
BLANCHERIE
Conseil
lecture : "Les Idées du Vivant"
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Ce DOSSIER DU MANAGEMENT DURABLE a été mis à jour le 09/06/02.
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